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    Le comptoir des lettres est un forum de partage littéraire. Vous pouvez y déposer vos textes et recueillir des appréciations ou simplement lire, pour le plaisir. Publier c’est s’exposer, aux louanges comme aux critiques. Si vous vous sentez capable de surmonter le ressenti, parfois brut, de lecteurs passionnés, de laisser s’exprimer les textes avant l’ego, soyez les bienvenus  

     

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    Concours 2014 de nouvelles courtes !
     

    Le thème tient en un mot : différent .

    Avec  l'amicale  participation de  GILLES LEROY, prix Goncourt 2007, qui désignera le texte lauréat, Le comptoir des lettres  organise un concours de nouvelles courtes. (Concours clos depuis le 23 mars) Résultats annoncés autour du 8 avril !

     

      Découvrez les 15 textes finalistes - ici    

               

    Quelques mots de Gilles Leroy :

    "J'avais onze ans lorsque je lus pour la première fois, en cachette de mes parents, Le Rouge et le Noir de Stendhal. Je me souviens encore de ces trois mots surgis d'une phrase du roman : "Différence engendre haine". Une fulgurance. Ce n'est pas moi qui ai décidé du thème de ce concours, et pourtant il me va à merveille. Avec la vie, j'ai découvert que la différence pouvait aussi engendrer des choses heureuses...Je n'aurai qu'un conseil : Soyez vous-même, exigeant avec vous-même. Bonne écriture à tous. G.L."

    http://www.gillesleroy.net/          et             sa page facebook

     

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    règlement du concours      

     

    Annonce : résultat du concours   

     

    L'arbitrage du concours a été difficile , de nombreux textes étant de qualité littéraire équivalente. Mais puisqu'il fallait bien choisir ...

    Gilles Leroy a désigné comme lauréat Place Sathonay, la nouvelle d' akicia .

    Un grand merci à lui pour sa généreuse participation à notre forum, et à vous tous, pour vos contributions au concours.

     

    Place Sathonay , par akicia

       


    Charles se lève rarement de bonne humeur, mais c’est toujours à cinq heures. Café dans la fenêtre, à regarder les moineaux. Avec le petit doigt, il joue avec la cuiller, ajoute parfois du sucre. Quarante ans de prêtrise forgent l'habitude. Après le café il se lève et marche, un tour dans le quartier pour terminer de se réveiller, avant de revenir lire un peu de bible.

    La rue monte, les derniers mètres le fatiguent.

    Il voudrait ne rien laisser paraître, mais chaque pas lui rappelle sa condition de vieillard grinçant de toutes parts. Concentré sur ses douleurs, vers l’intérieur, coupé du monde sans son appareil auditif, il ne se rend compte de rien.
    Il y a ce corps déchiré, Brenda n’y croit pas, les bras sont de l'autre côté, elle regarde.
    Le corps du vieux curé en deux parties distinctes, pourtant jointes par ses organes. Débordant de vers, le corps de Charles.

    -

    On jette un œil au type dans le lit, sans se souvenir. De la moquette dans le salon, de la télévision dans le fond. Ils en parlent dans le journal. On roule et je dis toujours on, c'est mon péché mignon. On sert des types bourrés et des types chouettes, les filles regardent la jupe ou les jambes, d’un mépris mêlé d’envie.
    On se retrouve à attendre l'heure qui passe, en contemplant son reflet fané dans la grande glace. À boire deux trois portos pour se donner chaud.
    On mange dans le bar d'en face, avec les défaits de la place. Dehors il fait déjà nuit, peut-être qu’on devrait rentrer chez soi – mais pour quoi faire – rentrer chez soi.
    Trouver un mec, même pas. Deux, trois pas suffisant. On ne sent rien, c'est arrivé sans bruit.

    -

    Trajet sur une route sans lampadaires, j'arrive sans m'en apercevoir. Rêve récurrent, celui du balcon colonial, vieux compagnon. Huit heures de travail salarié, pas une minute de plus. Du langage. Des relations.
    Et les filles sont pas toutes les mêmes, c'est ce que je me tue à te dire.
    Quand même. Je retourne le problème une fois encore. Chassant les intrus sur ma joue, j’applique la mousse à raser doucement, bien étaler la mousse. Quelques heures, dans le brouhaha interne, qui durent ce qu’elles durent. Parfois ils se contentent de vibrer, comme ce camion sous les lampadaires.
    Quand ils ont faim ils sortent.

    -

    Ça fait la une du journal. Deux corps en deux jours, quand même. Et la serveuse était dans le même état que le curé, découpée en deux. Très, très photogénique.

    Le gradé crie : fouillez partout, retournez-moi cette putain de ville !

    Nouilles baguettes, biscottes spécial régime, un jeu dans la télé, un magazine de filles. Je regarde par la fenêtre de mon appartement, juste à côté du commissariat où je viens d'être affectée, je regarde par le carreau 4.
    Le taf est tranquille. Je veux dire, d'habitude. Ensuite, déprime pendant deux heures. Ensuite les copines téléphonent quand elles ont couché leurs gosses.

    Kiiiim, attends j'te racoooonte.

    Le chef passe au vingt heures, débite les éléments de langage fournis par le Ministère, le plus rassurant possible. Mais on a fouillé partout et il n'y a rien, pas d'indices, pas d'arme du crime, rien que les journalistes, qui obstruent les abords de la place avec leurs camionnettes, interrogent le quidam en micro-trottoir, quémandent des miettes du côté des pouvoirs publics.

    Les habitants du quartier n'ont pas attendu les mises en garde, ils s'enferment.

    -

    Les gens parlent au marché, discutent au café, dans les bouchons, les traboules et les coursives. L'état d'excitation qui précède aux psychoses, presque joyeux. Les boutiques bruissent de rumeurs, ils auraient trouvé quelque chose...

    Il faut qu'ils le trouvent. Qu'ils le fassent enfermer !

    Quelque chose... Des sauvages pareils. Nous en parlons dans le cercle. Cette société qui génère des criminels, celle que nous entretenons chaque jour, que j'entretiens moi-même à mon grand dam, comme nous tous, cette civilisation de la tentation.
    Et quelque chose me fait dire que ce monstre a raison, qu'il ne frappe pas au hasard. Le curé traînait cette histoire de gamins depuis des années, pour certains c'était une rumeur, moi je sais que c'était vrai.

    Quant à la serveuse...
    Que la viande affichée termine hachée, j'y vois presque une logique.
    Quelque chose en moi sait que nous ne craignons rien. Nous sommes les justes.

    -

    Brenda, quarante hivers, pas son vrai prénom : Mercedes, déjà au téléphone, qui se ballade en survêtement rose comme une vraie fille, fait des blagues salaces au téléphone avec ses soixante mille copines. Dans les narines, l’odeur du prêtre assassiné, toujours dans la tête, l’image de son corps écartelé. Alors elle s’évade.
    Repasser, télé, vitamines A, cocaïne, repasser, télé, vitamines C, repasser en fumant six joints d’herbe, télé, froisser le tout puis repasser.
    Brenda regarde par la fenêtre après avoir absorbé l'antidépresseur.

    Les arbres autour de la statue, la terre rouge. La table à repasser. D'habitude il y a plein de gens à cette heure-ci. Même les télés sont parties, pas de nouveau corps pendant quarante-huit heures, trop pour eux.
    Peut-être que le meurtrier a eu peur, qu'il est parti, peut-être...
    Je vais descendre les poubelles en vitesse, car du repassage m'attend, se dit Brenda.
    L'ascenseur aux parois de moquette brûlée, dans les tons de rouge. Six étages. Le local, à quelques mètres, aucun risque.

    -

    Guerlain même dans les barres hlm, dans les deux pièces et les duplex, les yeux collés de molécules, voix sur mode automatique : commentaire-vanne-objection. Ce soir on est sortis, on se balade avant de rentrer. Pas de bus avant cinq heures, forcément.

    C'est moi qui la vois en premier, le survêt rose en deux morceaux.
    Kader vomit tout de suite - putain c'est quoi ce truc, elle est ouverte de la chatte jusqu'en haut du crâne, comme si… une hache… et qu'est-ce qui bouge putain – putain ça grouille de partout, même sous mes pieds, des... des vers, des putains d’asticots.

    Aussi vite que je peux, putain c'était quoi, je cours comme si je devais pas m’arrêter avant d'être à des kilomètres, dans la descente vers la rue Sainte-Catherine, à toute berzingue sur mes putains de jambes, c'était quoi ce truc, c’est pas humain c'était quoi.

    -

    Spotlights, même pas. Du carrelage de salle de bains, grandes dalles vertes fissurées, toiles d'araignées. Enfin la peau bouge sous mon doigt, je pose le rasoir sur l'évier, je... Paume sur une... une peau douce.

    Douce.

    Les filles sont pas toutes les mêmes, à force je n'y crois plus.
    Dehors il n'y a personne. Le froid les fait fuir comme les faits-divers. Personne. Les rues autour de la place, bien entendu personne ne me voit. Je regarde alentour et j’attends, ça viendra de mes intestins, le ventre qui se retourne et les genoux qui tremblent, la concentration qui s'empare de moi quand ils sortent, quand j'agis, quand chacun de mes gestes devient précis.

    -

    Le vent longe les quais, pour finir sous le pantalon réglementaire. Un tagger, silhouette préado qui disparaît avant même qu'on s'en aperçoive. Un tapage nocturne, deux grosses qui s'engueulaient. Des contrôles d'identité.

    La place Sathonay, squelettique. Les arbres sont nus, la terre est dure. Les ampoules des lampadaires ont été changées pour rassurer les administrés, tu parles. J'aimais bien les boulistes, ils donnaient de la vie au quartier, mais ils ont été les premiers à quitter les lieux.
    Kim, tu crois qu'il va encore tuer quelqu'un ?
    C'est mon équipier qui demande, mais j’ai rien à répondre. On sait même pas ce qui est arrivé aux cadavres.

    -

    La nuit tombe par le carreau N° 5, chiens et loups, sur la place déserte.

    Deux collègues sortent patrouiller, je les vois monter dans la voiture. Ensuite plus personne, pendant une heure. Et pas un coup de fil non plus.

    Pas envie de sortir, personne avec qui le faire. Les bars ferment dès que la nuit se couche. Je vois le vide de la place et la statue du combattant, son fusil sur l'épaule, sa position de renonçant. Son air de défaite sous un sourire de vainqueur. Je vois le vide autour de lui, le vide lui va bien.

    Il y a ce type, qui arrive sur la place par les escaliers, touche du revers de la main l'un des deux lions, marche quelques mètres sur la terre battue, lève les yeux. Nos regards se croisent, puis il disparaît.

    -

    Un mec ça disparaît pas, un mec ça disparaît pas.

    Toutes jambes dans les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée, arme à la main baskets aux pieds – où t'es, où t'es, je me répète à l'intérieur pour le courage que ça donne : montre-toi !
    Un bruit de truc – qui tombe – dans l'oreille droite. Je cours en direction du son : toute petite rue, presque une impasse. Une porte en fer, entr'ouverte, et des ... Par centaines, d'énormes asticots, qui passent sous la porte.

    Ventre qui se contracte, comme des kilos d'amer.
    La rue qui tourne, la place qui s'éloigne. Toutes ces marches, et cette odeur... Cette odeur.

    -

    Je ne sais pas ce que je suis, je ne contrôle pas. Le rasoir glisse sur ma peau, j'écarte quelques gros spécimens pour remettre de la mousse.

    Le destin, je suppose.

    Toutes les mêmes. Parfois je sens que ça grouille dedans, parfois je sens qu'ils veulent sortir. Je résiste des journées entières, perdu dans l'open space, à marteler des touches de clavier. J'essaie d'être comme mes collègues, j'essaie de me fondre, je participe aux enveloppes et aux pots de départ.

    Ce soir ils sont calmes, encore repus. Ils devront attendre. Il y a trop de monde dans le quartier. J'ai fait l'ouverture du treize heures, on pourrait finir par me voir. La chinoise m'a vu.

    -

    Moi je ne partirai pas. On ne quitte pas ceux qu'on aime, si ?

    Je suis né sur la colline d'en face, j'ai joué sous le préau de l'école quand il pleuvait, enfilé les marelles quand le soleil couvait. J'arpente les rues en espérant éviter le mal. Christ est dans chacun de mes pas, je retourne le voir.

    Je ne quitterai pas les bancs de ma paroisse.

    Des piliers aux vitraux, cette église est mienne, l'autel comme le reste. C'est mon Dieu propre, domestique. Le découpeur n'oserait pas faire ça dans une église. Ici, je me sens en sécurité.
    Les regards par-dessus mon épaule. Je marche aussi vite que mes jambes à varices. Mon docteur me prescrit des bas. Vous savez, j'ai confiance en lui. Il soignait mon époux quand il était encore de ce monde.

    -

    Peut-être que c'est eux qui les sentent, je ne sais pas, c'est peut-être moi.

    Un couple d'amoureux, dans un recoin, emmitouflés dans des anoraks, deux bibendums aux lèvres collées, ils ne s'apercevront de rien, personne ne s'aperçoit de ma présence, jamais personne.
    Les filles sont toutes les mêmes.

    Ils ont choisi le garçon, plus de viande je suppose, cheveux ras, de ces coiffures imbéciles qui font des dessins sur le crâne que je déchire. Lève les yeux. Lève les yeux. La fille me regarde, c'est pire que ça : les yeux hors orbites, pas un son ne sort de sa gorge. Je fixe son regard pendant qu'ils mangent, bras tendus au sol, le torse du vainqueur en avant, et mes yeux je suppose, cet effroyable sourire, peut-être qu'elle m'a vu elle aussi.

    Elle va mourir de peur.
    Eux mangent.

    -

    Seize ans, quelqu’un du quartier l'a retrouvée presque morte, sur le coup des quatre heures du matin. Le cadavre de son petit copain gisait à quelques mètres, déchiré, comme les précédents.

    Je découpe un bout de joue gauche. Mode opératoire identique. Manifestement, il plante ses doigts dans le crâne de la victime, et puis... la déformation sur les bords du crâne, en vingt ans de carrière je n’ai jamais vu ça. La coupure est incroyablement nette, il les déchire en partant du crâne. La pression de ses mains fait éclater le crâne.

    La gamine ne parle pas, elle garde les paupières closes comme si sa vie en dépendait, hurle à intervalles réguliers, sans articuler de mots intelligibles. Elle fait la une des journaux ce matin.
    L'institut médico-légal résonne, des pas dans le couloir. Je contemple cette moitié de corps, l'état de décomposition dans lequel il se trouve : l'adolescent semble avoir passé dix ans sous terre.

    -

    Lorsque je montre ma carte d’identité au flic en bas de l'immeuble, ils remontent le long du gosier. Je ne rends pas le bonsoir à l'officier.
    Ils n'ont jamais pu me dire ce que c'était. Les médecins savent que je pourris de l'intérieur, mais ils évitent le sujet, il y a des choses qui ne se disent pas. Je ne leur parle pas des moments où je disparais, ils me feraient enfermer.
    Les vers sont partout, obstruent ma vision, fleurissent dans mon cou. Dans le miroir ils courent sur mes joues, s'échappent de ma bouche. Ils me dégoûtent, mais que puis-je y faire, n’est-ce pas que je les sécrète.

    -

    Marco, soixante ans – sait plus trop, se bat avec le rideau de fer en devanture de son établissement.
    Les gens évitent à tout prix la place, Marco ferme avant que la nuit tombe. Plus question d'attendre dans un bar vide. C'est un crépuscule rouge, mais le ciel est blanc comme si, de la neige, peut-être. Marco tire sur la poignée, mais le rideau résiste, tire encore sans que ça se débloque, finit par reprendre son souffle, mains sur les genoux, en regardant la mairie juste en face, désertée depuis le début des événements.
    Les décisions se prennent ailleurs, Paris dépêche ses experts, qui œuvrent en réunion pour le bien de la population. Faut pas compter sur les flics, mais bientôt ils l'auront, aucun doute là dessus.
    Arc-bouté sur la poignée, Marco n'entend rien venir. C'est l'odeur qui l'alerte, forcément trop tard.

    -

    Marco. Une figure du quartier.

    Le corps de Marco en deux morceaux, devant son propre bar.
    La police constate sur le même ton. Pas d’empreintes, pas de traces. Un asticot écrasé. Déjà vu des asticots.

    Premiers flocons, qui prennent vite de l'assurance. Des camions, des flics, des types en cravate emmitouflés, impuissants effarés, qui finissent par quitter les lieux au fur et à mesure que la soirée avance, jusqu'à rendre la place à la lune. Je prends deux trois photos de la tempête de neige pour l'édition de demain.
    Il ne s'était rien passé depuis six jours. Les rédactions qui avaient laissé des correspondants sur place comme moi sont sur le coup, mais toujours rien à raconter : pas d'indices, rien de neuf. Les caméras de surveillance sont tout aussi aveugles, on voit le patron du bar se retourner comme si quelque chose avait attiré son attention et... Comme s'il se déchirait, tout seul, en partant de la tête.

    -

    Marco, je ne sais pas. Juste un pourvoyeur d'alcool, mais il en existe à tous les coins de rue dans cette ville. En tous cas il était poli, il me saluait chaque fois que je passais devant son bar.
    Les deux jeunes, je ne sais pas non plus. Nous en avons parlé dans le cercle, hier, personne ne comprend : Kévin était un garçon adorable, le fils de Christine, que je connais suffisamment pour savoir qu’elle l’a élevé dans le respect des règles. Lui aussi était poli, il me saluait tous les jours.
    Sa petite copine va finir ses jours dans un asile d’aliénés.

    Dieu sait à quel horrible spectacle elle a assisté ce soir-là.
    Je finis par me demander si le monstre a une vraie morale, s’il ne s’agissait pas simplement de hasard. Les mauvaises âmes courent les rues, peut-être se contente-t-il de piocher, en aveugle.

    -

    La lame imprégnée de sang mouillé. Au fond de l'évier. Carrelage, miroir fendu en haut à droite. Marco était un ami, je voulais simplement lui parler. Ils ne savent pas ce que c'est, un ami, ils ont faim, pour eux c'est tout ce qui compte.

    Je sais qu'ils ne m'obéissent plus, que puis-je y faire.

    Toutes les mêmes.

    Pendant qu'ils agissent, je n'ai plus mal, je ne l'imagine plus dans d'autres bras. La douleur ne disparaît pas, elle se tait. Toujours le vide, surimpression de n'être qu'un estomac, qui jamais rien n'avale.
    Ce soir je crache du sang. Plus dormi depuis des semaines.
    Il faudrait que je me suicide, je ne sais pas s'ils me laisseraient faire. Et puis je ne veux pas.

    Même face au reflet, mon visage mouvant sous la vermine qui le dessine, le reflet lui-même n'atteint pas l'étincelle. C'est peut-être ma vie, ou ce qui s'en rapproche, mais c'est ma vie.